Antonin Gadal

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Antonin Gadal fut un historien qui réhabilita la dimension spirituelle et initiatique du catharisme. Le lecteur intéressé retrouvera l’essence de son approche originale dans « Le Triomphe de la Gnose universelle », publié en 2006.
Dans ce site, nous nous sommes efforcés de garder le style propre à Antonin Gadal, ce style si particulier, fait d’intuitions et d’images jaillissantes.

Nous l’avons fait parler le plus possible dans l’espoir que son évocation du Catharisme – ce « Christianisme des mystères » – saura susciter le profond intérêt qu’il mérite et réveiller la « quête » comme il l’a fait pour nous.

Qui est Antonin Gadal ?

Le Sabarthez est cette contrée montagneuse parsemée de grottes impressionnantes, au pied desquelles s’écoule l’Ariège. Parcourue d’âge en âge par les populations celtes, ibères, wisigothiques, elle constitue un véritable livre secret d’histoire. Tarascon-sur-Ariège, gardienne des hauts sommets du Sabarthez a vu les Parfaits Cathares arpenter ses chemins, en files silencieuses.
C’est là, au coeur du Sabarthez, que naît Antonin Gadal en 1877. C’est là aussi qu’avaient vécu ses pères.
A quelques pas de sa maison, vivait un vieil homme que les habitants de la région aimaient à appeler « le Patriarche du Sabarthez », l’historien Adolphe Garrigou (1802-1897).
C’était un historien connu de l’Ariège de son temps. Vers 1840, il avait commencé à livrer ses « Etudes historiques sur le pays de Foix et le Couserans « . Il était fermement convaincu que les récits de Napoléon Peyrat, surnommé « le Michelet du Midi » se fondaient sur des faits réels, oubliés de l’histoire officielle.Historien et pasteur protestant, Peyrat sonna en quelque sorte le  » réveil cathare ». Il avait publié son « Histoire des Albigeois », immense épopée chevaleresque dédiée au martyrologue religieux et patriotique des Albigeois et critique cinglante contre la tyrannie et l’oppression, celles du clergé romain en particulier.

Son histoire

Presque centenaire, A. Garrigou réclamait toujours auprès de lui le jeune Gadal pour lui faire la lecture des quelques textes rares qu’il possédait dans sa riche bibliothèque. De son coté, A. Gadal se sentait fortement attiré par cet homme, qu’il chérissait comme son père, et dont les récits l’illuminaient intérieurement. Il partageait la passion de Garrigou pour l’histoire ancienne de la région et les fouilles dans les innombrables grottes. Mais c’était surtout les récits et les légendes concernant les cathares et leur héritage, quelque part dans le Sabarthez, qui lui firent fortement impression et embrasèrent son imagination. Il y voyait déjà la lutte entre le Céleste Amour, le Verbe éternel vivant au cœur de ces fraternités cathares et les puissances qui régissaient ce monde.

C’était comme si quelque chose de très ancien se déversait sur son âme et l’éveillait graduellement. Le vieux Garrigou savait que cet héritage cathare n’était pas une fiction, qu’il représentait une tradition vivante et contrastait fortement avec le dogmatisme froid et le désir de puissance de l’Eglise catholique romaine.

Baigné ainsi dès son jeune âge dans cette atmosphère, Gadal prît très tôt conscience de l’héritage spirituel des Cathares, dont le Sabarthez gardait jalousement maints vestiges encore inexplorés. Il dira plus tard :  » Le Sabarthez renaissant, conduit par la main sûre de son patriarche, relève un peu la tête. Il était temps ! ».

Un homme à la ressouvenance

Gadal se doutait bien qu’à l’arrière-plan de l’histoire officielle, se lisaient les signes indéniables de la présence d’un profond courant spirituel que l’on avait tenté de faire disparaître.

Derrière le tragique déroulement des évènements de l’histoire, il percevait déjà une tout autre aventure, spirituelle celle-là, dans laquelle chaque personnage, chaque lieu, vestige, ou nom constituait comme les signes, les étapes d’une quête spirituelle, celle du Royaume de l’Esprit.
Il était harcelé par le « pré-souvenir » cathare. Le pré-souvenir est un terme gnostique qui évoque l’idée d’une liaison subconsciente avec la réalité d’un monde intérieur, spirituel, au-delà des apparences. Un royaume de lumière perdu et oublié.

Antonin Gadal rechercha les traces de ce qu’il pressentait comme quelque chose d’immense. Profondément intuitif, cet homme de cœur dégagea l’esprit profond du Catharisme, et révéla quelques aspects essentiels du cheminement initiatique des  » Parfaits  » dont il retraça les étapes. Dans la vallée de l’Ariège, les vestiges, sites et symboles qu’il mît à jour lui permirent de mettre en évidence ce qu’il convient d’appeler des  » sanctuaires cathares « .
Il consacra sa vie à les étudier et à les protéger.
Le vieux Patriarche du Sabarthès, A. Garrigou, avait su très tôt enflammer dans le jeune Gadal ce  » préssouvenir  » conscient. Il pensait avoir trouvé en lui un digne successeur, capable de sauvegarder une partie de cet héritage de sagesse cathare. Lorsqu’il mourût, ses secrets ne disparurent pas avec lui dans la tombe : Il avait déjà formé,  » initié  » son disciple.

Une initiation à la recherche

Pour A. Gadal, il était impérieux que son intuition concernant l’existence de la richesse initiatique des Cathares soit confirmée par des signes visibles, des traces dans la matière.

Il passa le plus clair de sa vie à arpenter les montagnes du Sabarthez, à sonder les abîmes, scruter les grottes, rampant une bougie à la main, comme un chercheur de trésor. Il ramena une importante collection d’objets curieux, symboles magiques et cultuels, montrant que depuis les temps les plus reculés, le Sabarthés n’avait cessé d’être, pour certains, une terre sacrée, un refuge spirituel.

« Le sentier de l’initiation n’est pas seulement une image », aimait-il à dire.

Il suivait à la trace chaque indice de la vérité concernant les Cathares, pour y découvrir le fil d’or qui les reliait à une source spirituelle de l’origine : la Gnose. Il se plongea dans l’étude de textes anciens dans d’obscures bibliothèques, n’hésitant pas à en recopier de longs passages, confrontant tous les points de vue. Aidé par un prêtre passionné de recherche, il put avoir accès aux archives de l’Inquisition dont il consulta d’épais registres. La plupart des sources matérielles historiques disponibles provenaient en effet des adversaires des Cathares, le clergé catholique, moines et inquisiteurs, les vassaux de la couronne de France. Il rassembla ainsi de précieuses notes.

Il dut reconnaître combien les concepts originels du Christianisme, fondés sur la pureté, l’amour, la renaissance de l’âme, la sanctification et l’Esprit, avaient été lentement pervertis, adaptés au désir de puissance de l’Eglise et rendus conformes au monde.

Gadal comprit bien vite que tout avait été fait pour empêcher ces découvertes. Les sources originelles avaient été détruites ou mutilées; d’autres étaient hors d’atteinte; les données historiques brouillées. Légendes et fables s’étaient développées rendant tout plus méconnaissable encore. Seules quelques pistes subsistaient que Gadal emprunta aussitôt.

Une pensée qui se précise

Entretemps le réveil cathare commençait à susciter un réel intérêt dans les milieux occultistes, théosophiques et autres, germaniques et anglo-saxons surtout : On évoquait Montségur, le Saint Graal ! On se livrait à d’infinies spéculations !.

Quant à Gadal, il semblait poursuivre un tout autre but, d’une tout autre portée :

Il voulait révéler la face cachée et pure d’un Christianisme vécu comme un chemin d’initiation, par des hommes et des femmes saisis dans leur âme par  » l’Esprit christique ».
Il attendait son heure et poursuivait discrètement son étude sur le terrain.
C’était dans les grottes d’Ussat-Ornolac que se situait une partie du mystére initiatique cathare. Il acquît la certitude que ces nombreuses grottes qui constellaient les parois de la « Montagne sacrée  » et formaient un réseau de galeries souterraines, avaient joué un rôle clé dans les pratiques initiatiques des Cathares (*). Si Montségur, haut lieu spirituel, représentait la partie visible du phénomène cathare (« le phare » du Catharisme), les grottes d’initiation du Sabarthez (« le port » du Catharisme) en étaient la matrice d’où naissait le sacerdoce cathare, la « Perfection ».

(*) à ce sujet, on pourra lire utilement « Sur le Chemin du Saint Graal », Par Antonin GADAL, Ed. Rozekruis Pers, Haarlem (Pays-Bas, ISBN 90 70196 18 2

Dégager la source

C’est avec la « ressouvenance » comme guide intérieur, qu’il sonda ce qui se présentait à lui. Sa recherche lui montra que d’antiques fraternités chrétiennes, jusqu’aux Cathares, et après eux, avaient cherché à atteindre le Royaume de l’Esprit ou de la Lumière et que le chemin qu’ils avaient suivi présentait partout les mêmes caractéristiques.

Il découvrit que tous ces hommes et ces femmes, ces groupes, parfois très éloignés les uns des autres, séparés par des siècles, avaient tous orienté leurs efforts dans le même sens, fait les mêmes expériences, étaient arrivés aux mêmes découvertes et avaient subi calomnies et persécutions.

Tous à un moment donné s’étaient liés au même courant spirituel irrésistible, sans commencement ni fin, le « Paraclet », comme l’appelaient les Cathares.

Tous s’étaient abreuvés à la même source.

Cette source, il importait de la dégager, si l’on voulait comprendre en profondeur l’épopée cathare. Ceci s’imposa à A. Gadal avec une telle force qu’il n’eut de cesse de faire partager à d’autres les fruits de son intuition.

Aplanir les chemins

Il fallait d’abord que le terrain soit préparé, que les esprits s’ouvrent à cette découverte.

Il s’était formé, dans les années 1930, un groupe de personnes orientées sur le renouveau du Catharisme et la recherche du Saint Graal. On y trouvait entre autres des personnalités hautes en couleur, un occultiste, un écrivain inspiré, comme Maurice Magre, des intellectuels comme Déodat Roché qui cherchait aussi le secret des Cathares, la comtesse Pujol-Murat, descendante de la célèbre Esclarmonde de Foix, le poète et philosophe René Nelli, ami d’André Breton – pour qui  » Montségur brûlait encore  » (l’esprit d’intolérance consume toujours) – et bien sûr Antonin Gadal.

Le Catharisme était pour certains, non seulement un grand moment de l’histoire de la pensée philosophique du Moyen Âge, mais il ouvrait de nouvelles perspectives sur la connaissance de l’homme, sur l’évolution de sa conscience, sur la spiritualité en Europe.
Un cercle de sympathisants, apparentés par l’esprit, s’était donc formé et tous travaillaient en vue d’un dévoilement, d’une revivification de l’ancienne culture occitane.

Un cercle d’étude

Il forme très vite dans l’Ariège, autour de Tarascon et d’Ussat, un cercle d’amis disposés à l’aider dans ses recherches historiques autant qu’ésotériques sur le Catharisme. Il tisse des liens profonds de sympathie avec Isabelle Sandy, écrivain local, avec la comtesse Pujol-Murat, avec Paul Alexis Ladame, écrivain suisse qui avait pour les cathares une grande vénération, avec Christian Bernadac, auteur, et sa famille, avec Fauré-Lacaussade, historiographe local. Il fut aussi aidé dans son travail, au plan historique, par des prêtres catholiques tels que l’abbé Vidal, l’abbé Glory, que les persécutions infligés aux Cathares par les autorités ecclésiastiques du Moyen Âge indignaient profondément. C’est grâce à ces abbés, à des évèques même, désireux de l’aider, que Gadal se fît ouvrir très grands les registres de l’inquisition dans le Sabarthez.
On ne peut citer tous les noms de ses compagnons de recherche, du berger à l’érudit. Tous l’estimaient et vantaient sa bonté, sa disponibilité, son ouverture d’esprit, son immense modestie.
Il rencontra avant la guerre un jeune et doué écrivain allemand, Otto Rahn, épris d’idéaux élevés et de mystère. En compagnie de Gadal, Otto Rahn visite châteaux et grottes ariégeoises. Un jour O. Rahn, bouleversé, s’écria :
 » Vous avez de la chance d’habiter un monde à part. Tout semble figé par l’histoire, et dans cette vallée découpée par des géants, il suffit de regarder pour être transformé, et surtout pour comprendre ce qui s’est passé. Tout est inscrit. Le Sabarthez est un grand Livre, le plus beau Livre du monde « .

Ouvrir et déchiffrer le livre

Tout cela, Antonin Gadal le savait ; c’est pourquoi il voulait à nouveau ouvrir ce livre, refermé depuis des siècles sous la cendre refroidie des bûchers et la vermine des basses-fosses de l’inquisition. En un mot, reconstituer une partie de l’histoire du sacerdoce cathare.
Sa recherche s’apparente à une quête  » initiatique « . Il suit à la trace la vérité concernant les Cathares et discerne progressivement les liens profonds qui les reliaient à l’antique source gnostique du Christianisme. Ses intuitions, il espérait pouvoir les transmettre un jour à un collaborateur.
Dans les années 1937-38, des occultistes, anglo-germains surtout, comme Walter N Birks, intéressèrent à sa démarche et s’adressèrent à lui. Gadal savait toutefois que le secret des Cathares, leur  » Trésor « , ne peut s’acquérir sans effort personnel, sans un processus intérieur purificateur, une  » Endura « . Là où beaucoup d’occultistes ou de spéculateurs voulaient forcer la porte de l’invisible secret, Gadal choisit l’autre chemin : celui de la patience, du dépouillement, de l’abnégation et de l’humilité.

« Ce n’est pas en y portant le feu, que la porte s’ouvre ! »

Intérieurement, il  » savait  » qu’elle devait s’ouvrir.
C’est pourquoi son oeuvre a une ampleur tout autre !
Qu’avait-il découvert ?

Les Mystères cathares, la Haute Spiritualité des Bonhommes éclose dans les grottes de la vallée de l’Ariège.

La voie de l’Amour, du Bien et du Vrai était une nouvelle fois dégagée.

Le Patriarche

Que dire encore d’Antonin Gadal ?

Ce qui frappait d’abord tous ceux qui l’ont connu était son extrême modestie, sa bonté, sa patience mais aussi la Foi qu’il a toujours eue en la toute puissance de l’Esprit, la foi dans la Religion d’Amour qu’il a vu souffler dans le Catharisme.
Pour les uns, il était le  » grand Père « , le  » Patriarche « , le  » nouveau Bonhomme « .

Pour d’autres  » le bon Maître d’Ussat, cet homme délicieux qui nous honorait de son amitié  » (Pierre Durban).

 » Disons bien à quel point la belle figure de Gadal – ce nouveau Bonhomme – marquera l’actuelle flambée de l’Albigéisme « .

Le Patriarche Gadal n’eut de cesse de transmettre son héritage spirituel!

Montrer le chemin

Né en 1800 à Tarascon sur Ariège dans une famille qui avait joué un certain rôle lors de la Révolution en 1789, Adolphe Garrigou habitait la maison voisine de celle de la famille Gadal. Adolphe était appelé le « patriarche » de la famille Garrigou, car il avait été préfet de l’Ariège lors de la révolution de février 1948, et il était compté parmi les notables de Tarascon. Antonin Gadal, qui n’avait pas encore 15 ans, ressentait une forte attirance pour le vieil homme, alors déjà octogénaire. Les yeux du vieux Garrigou devenaient bien faibles : Gadal lui faisait la lecture, lui rendait de menus services. En échange, le vieil homme parlait de ses souvenirs, lui racontait l’histoire extraordinaire de sa vie. Peu à peu, Antonin allait devenir une sorte de secrétaire et de confident du vieil homme, dont il retraça plus tard la biographie (A. Gadal, Papa Garrigou, Patriarche du Sabarthez : Biographie d’Adolphe Garrigou parue dans la revue Les Archives de Montségur, 1937). Adolphe Garrigou s’affilia vers 1819, sous la Restauration, à la société secrète des Carbonari. Les Carbonari de France, organisés sur le modèle de la société italienne du même nom, formaient un groupe initiatique avec des rituels, des grades, et un enseignement particulier. En Ariège, les sociétés de « charbonniers » créées au 16ème siècle, issues de la tradition des forêts, avaient maintenu la liaison avec le pur catharisme, au travers de la transmission par les « chevaliers proscrits » des 14ème et 15ème siècles, les « faidits » cathares dépossédés de leurs biens et vivant dans la clandestinité, parmi les bûcherons dans les forêts. Au 19ème siècle, l’initiation avait encore lieu dans des grottes de la vallée de l’Ariège. Antonin Gadal écrivit que son Maître, le Patriarche Adolphe Garrigou reçut en 1822 la transmission de la Force du véritable Christianisme de l’Eglise Cathare dans la grotte de Lombrives. A la suite de cette initiation, Garrigou se trouva à la tête de la Vente Carbonari « Les compagnons du Sabarthez » (les loges Carbonari s’appelaient des « ventes », en référence à la tradition forestière). La révolution de février 1848 lui permit d’être promu maire, puis administrateur du département de l’Ariège. Membre correspondant de l’Académie des Sciences, il se plongea dans la préhistoire et l’histoire régionales. C’est ainsi qu’il chercha pendant un demi-siècle, en sillonnant son pays natal, la trace des derniers cathares.
Garrigou entreprit de fouiller l’immense grotte de Lombrives et, à ses frais, il en déblaya le labyrinthe. Il se livra ensuite à l’exploration des spoulgas d’Ussat, d’Ornolac, et de Bouan. Ces recherches sur le terrain apportèrent la preuve à Adolphe Garrigou que les montagnes du Sabarthez avaient bien été le refuge des cathares. Dans la grotte de Lombrives, Garrigou découvrit, outre une grande quantité de graffiti, une stèle discoïdale sur laquelle était gravée l’étoile à cinq branches. A Ussat, dans la grotte de « Bethléem », c’est lui qui découvrit le Pentagramme creusé dans la roche. Dans la spoulga d’Ornolac, Garrigou trouva une plaque de bronze sur laquelle était sculptée en relief une colombe éployée, identique à celles que l’on devait trouver plus tard à Montségur. Adolphe Garrigou mourut en 1897, presque centenaire. Sa riche bibliothèque fut dispersée et ses archives disparurent. Mais dans ses dernières années, il avait formé un disciple et lui avait transmis son héritage spirituel: ce disciple, c’était Antonin Gadal.

Papa Garrigou – le Patriarche du Sabarthez

Né en 1800 à Tarascon sur Ariège dans une famille qui avait joué un certain rôle lors de la Révolution en 1789, Adolphe Garrigou habitait la maison voisine de celle de la famille Gadal. Adolphe était appelé le « patriarche » de la famille Garrigou, car il avait été préfet de l’Ariège lors de la révolution de février 1948, et il était compté parmi les notables de Tarascon. Antonin Gadal, qui n’avait pas encore 15 ans, ressentait une forte attirance pour le vieil homme, alors déjà octogénaire. Les yeux du vieux Garrigou devenaient bien faibles : Gadal lui faisait la lecture, lui rendait de menus services. En échange, le vieil homme parlait de ses souvenirs, lui racontait l’histoire extraordinaire de sa vie. Peu à peu, Antonin allait devenir une sorte de secrétaire et de confident du vieil homme, dont il retraça plus tard la biographie (A. Gadal, Papa Garrigou, Patriarche du Sabarthez : Biographie d’Adolphe Garrigou parue dans la revue Les Archives de Montségur, 1937). Adolphe Garrigou s’affilia vers 1819, sous la Restauration, à la société secrète des Carbonari. Les Carbonari de France, organisés sur le modèle de la société italienne du même nom, formaient un groupe initiatique avec des rituels, des grades, et un enseignement particulier. En Ariège, les sociétés de « charbonniers » créées au 16ème siècle, issues de la tradition des forêts, avaient maintenu la liaison avec le pur catharisme, au travers de la transmission par les « chevaliers proscrits » des 14ème et 15ème siècles, les « faidits » cathares dépossédés de leurs biens et vivant dans la clandestinité, parmi les bûcherons dans les forêts. Au 19ème siècle, l’initiation avait encore lieu dans des grottes de la vallée de l’Ariège. Antonin Gadal écrivit que son Maître, le Patriarche Adolphe Garrigou reçut en 1822 la transmission de la Force du véritable Christianisme de l’Eglise Cathare dans la grotte de Lombrives. A la suite de cette initiation, Garrigou se trouva à la tête de la Vente Carbonari « Les compagnons du Sabarthez » (les loges Carbonari s’appelaient des « ventes », en référence à la tradition forestière). La révolution de février 1848 lui permit d’être promu maire, puis administrateur du département de l’Ariège. Membre correspondant de l’Académie des Sciences, il se plongea dans la préhistoire et l’histoire régionales. C’est ainsi qu’il chercha pendant un demi-siècle, en sillonnant son pays natal, la trace des derniers cathares.
Garrigou entreprit de fouiller l’immense grotte de Lombrives et, à ses frais, il en déblaya le labyrinthe. Il se livra ensuite à l’exploration des spoulgas d’Ussat, d’Ornolac, et de Bouan. Ces recherches sur le terrain apportèrent la preuve à Adolphe Garrigou que les montagnes du Sabarthez avaient bien été le refuge des cathares. Dans la grotte de Lombrives, Garrigou découvrit, outre une grande quantité de graffiti, une stèle discoïdale sur laquelle était gravée l’étoile à cinq branches. A Ussat, dans la grotte de « Bethléem », c’est lui qui découvrit le Pentagramme creusé dans la roche. Dans la spoulga d’Ornolac, Garrigou trouva une plaque de bronze sur laquelle était sculptée en relief une colombe éployée, identique à celles que l’on devait trouver plus tard à Montségur. Adolphe Garrigou mourut en 1897, presque centenaire. Sa riche bibliothèque fut dispersée et ses archives disparurent. Mais dans ses dernières années, il avait formé un disciple et lui avait transmis son héritage spirituel: ce disciple, c’était Antonin Gadal.